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L’ultra-droite
By Alexis Prokopiev | mars 24, 2009
La semaine dernière, mardi, on a d’abord assisté aux saluts nazis et aux chants « Maréchal, nous voilà » par certains étudiants de Sciences Po au 27 rue Saint-Guillaume, pendant l’occupation de l’amphi Boutmy.
Puis, dimanche, deux militants des Jeunes Verts ont été agressés devant Notre-Dame de Paris alors qu’ils distribuaient des préservatifs et des tracts sur le Sida. Le témoignage de Grégoire Vialleton, un des jeunes agressés, est publié ci-dessous. Il montre bien qu’il ne s’agissait en aucun cas d’une « bagarre » (comme l’ont intitulé certains médias…), mais d’une bande de membres d’extrême droite se définissant comme « catholiques » qui sont venus cogner sur des militants non-violents qui faisaient un boulot civique (et oui, distribuer des capotes c’est utile pour la société !).
Certes, cette ultra-droite réactionnaire et violente ne date pas d’hier. Mais depuis deux ans on peut constater qu’ils ne se cachent plus, qu’ils hésitent moins à passer à l’action, bref, qu’ils se croient permis de faire ce qu’ils font ! Certains y verront l’effet de la crise… peut-être. Mais d’autres comprennent qu’en piétinant un grand nombre de principes, en brisant des tabous, en recréant une « Histoire officielle », en crachant, avec l’aide de nombreux d’entre-nous, sur 68 et les valeurs « bien-pensantes », la droite avec son président, les uns plus « décomplexés » que les autres, ont fait renaitre une ultra-droite qui n’a plus peur d’appliquer ses idées et clamer ses discours de haine et de violence. Ce discours s’est banalisé, il n’est plus honteux, mais plutôt « cool » car provoc’, pour un étudiant de Sciences Po de faire le salut nazi. Il n’est plus horrifiant, mais plutôt « compréhensible », pour certains de voir des mecs agresser des militants qui distribuent des capotes. Dans quel pays vivons-nous ?
maj : la vidéo où on voit l’agression.
Le témoignage de Grégoire :
Lors des rencontres nationales de Jeunes Verts, en général, après un samedi consacré aux réunions nous organisons le dimanche une action de rue militante. Ce dimanche nous avions choisi de distribuer des préservatifs accompagnés d’un tract explicatif sur le parvis de Notre Dame de Paris pour signifier clairement notre indignation vis-à-vis des récents propos du pape et de ses relais politiques (Christine Boutin par exemple).
Arrivés à 11h20 sur la place, nous avons commencé calmement notre distribution. Les journalistes présents à ce moment-là (France Inter, RTL, Europe 1, Radio Campus, …) ont classiquement commencé à nous interroger sur les motifs de notre action. Rapidement au bout de quelques minutes des militants « catholiques » intégristes sont venus vers les journalistes pour leur expliquer leur vision du Sida et de la sexualité. La discussion était très vive.
On pouvait sentir que le parvis se remplissait de militants appartenant à l’extrême droite catholique. Au début ils paraissaient peu nombreux et éparpillés en petits groupes, donc difficilement visibles. Mais d’un seul coup leur « gourou », plus âgé, s’est mis à déclamer un discours particulièrement réactionnaire. Ses ouailles se sont alors regroupées d’un seul coup et se sont mis à chanter des slogans en latin et en français qui m’ont particulièrement révolté. J’étais à quelques mètres d’eux. J’ai eu alors une réaction presque physique de révulsion et j’ai crié mon désaccord.
J’ai eu à peine le temps de venir voir se jeter sur moi un militant d’extrême droite. J’ai été blessé légèrement et mon agresseur immédiatement interpelé. Juste après deux policiers en civil m’ont pris par le bras et m’ont demandé de manière musclée si je voulais porter plainte. Sonné j’ai hésité trente secondes puis j’ai dit oui. On m’a emmené dans une voiture de police qui a commencé à aller au commissariat Bastille. Puis brusquement demi-tour, les choses s’étaient envenimées sur le parvis et la situation nécessitait l’envoie immédiat de renforts policiers pour contenir l’agressivité des extrêmistes. J’ai donc attendu quelques temps dans la voiture avec une policière ce qui m’a permis de téléphoner à Rémi Guerber, secrétaire fédéral des Jeunes Verts pour qu’il soit au courant et prévienne les médias et les verts de la gravité de la situation.
Au commissariat, après avoir déposé plainte, le policier m’a demandé si j’étais prêt à faire une confrontation car nos deux versions divergeaient. Mais j’ai refusé car je me sentais totalement incapable de supporter ça. Peu après alors que j’étais toujours dans le bureau de police j’ai vu mon agresseur dans le couloir. Il était en train de discuter avec un policier, avait l’air très calme et poli. Ca m’a terrifié.
En sortant du commissariat, j’ai croisé des militants du Sidaction qui m’ont payé un café, et réconforté.
Je dois dire que j’ai été très bien accueilli par les policiers, totalement compréhensifs de la situation.
J’ai très vite appris qu’un autre jeune vert avait été agressé plus gravement, et qu’après mon départ il s’était encore passé beaucoup de choses.
Notre action se voulait bon enfant et en accord avec nos principe de non-violence. Nous avons fait face à une tentative d’intimidation grave et largement inexcusable. Il est totalement inacceptable que des militants pacifiques puissent être empêchés de manifester leur opinion sur l’espace publique. Face à ces tactiques d’intimidation, la gauche et la droite démocratique doivent exprimer publiquement leur mécontentement et leur désaccord. Il me paraitrait inconcevable que le Président de la République ainsi que l’ensemble du gouvernement ne réagissent pas rapidement.
J’ai l’impression que depuis quelques temps les conservateurs intégristes se sentent totalement décomplexés et n’hésitent plus à exprimer de manière parfois violente leurs opinions nauséabondes sur la sexualité, l’avortement…Il faut absolument faire comprendre à l’ensemble des forces progressistes que le combat pour l’épanouissement de tous est loin d’être gagné. Il faut redoubler d’effort à ce sujet, et particulièrement en période de crise. Personne ne doit se laisser dicter sa conduit et chacun devrait être libre d’exister tout simplement tel qu’il est. Le combat contre le préservatif est symptomatique d’une volonté de controler et de normer la population (abstinence avant le mariage, homosexualité prohibée, sexualité réservée à la reproduction…). Ce genre de position contribue largement à la propagation du VIH et à la haine envers les minorités sexuelles. Il faudrait que tout le monde en prenne conscience.
Nous allons tacher de médiatiser notre combat judiciaire afin que de tels actes ne se reproduisent plus et que nous ayons toujours la possibilité de militer librement, pacifiquement et sereinement sur l’espace public. Bien que physiquement peu atteint, je reste psychologiquement et moralement très choqué. Loin d’entamer ma détermination, ces évênements m’incitent à continuer de militer chez les Jeunes Verts et dans les associations de lutte contre les discriminations.
La violence, quelque soit sa cause (sexisme, homophobie, racisme, extremisme de toute sorte) et qu’elle soit verbale, physique ou symbolique est totalement inacceptable et doit être combattue avec vigueur.
Grégoire Vialleton
Topics: Dans les médias, Idées du monde, Jeunesses, Libertés, Société civile, Verts | 5 Comments »











mars 24th, 2009 at 16:37
[...] militants ecolos reviennent également sur ce dimanche, notamment Muriel , Alexis [...]
mars 25th, 2009 at 14:45
Dude, et si des militants anti-IVG venaient manifester à la sortie d’un congrès des Verts, ça se passerait bien?
mars 25th, 2009 at 15:08
Man, je ne m’attendais pas à un argument d’un aussi bas niveau de ta part.
Premièrement, je pense que oui, il y aurait eu du débat mais on n’aurait tapé personne, surtout pas des petites mamies croyantes.
Deuxièmement, on n’était pas à la sortie de l’église mais sur le parvis qui est un lieu public et on faisait un acte avant tout civique et après militant.
mars 31st, 2009 at 10:51
La non-violence, qui était associée, après la guerre de 14-18 et dans la seconde moitié du XXè siècle, à la contestation de la société, au pacifisme, à l’antinucléarisme et bien d’autres militantismes, était alors revendiquée par des hommes qui connaissaient toutefois la violence. Ils ne la redoutaient pas, ne fuyaient pas le conflit, et possédaient un lucide sang-froid. Cette position face à la société et l’adversaire se voulait stratégique, sinon tactique.
Aujourd’hui, les pauvres, les travailleurs, les chômeurs, etc. ceux qui ont des raisons d’être en colère, censurent eux-mêmes leurs ÉMOTIONS – avant que la police n’ait à intervenir. Ils se soumettent comme des chiens à la morale de leurs « maîtres » ; et, lorsque la vilaine violence montre son vilain visage, ils ne font même pas honte à leur conscience en faisant appel à la police !!
Notre temps est très violent, c’est un fait qui ne supporte aucune morale. Et ce n’est pas fini ! Il s’agit de savoir se battre ; la non-violence fut effectivement une façon de se battre à certaines époques, mais elle est totalement caduque. Enfin, la niaiserie et l’indignation vertueuse sont des ATTITUDES qui déclenchent ce qu’elles méritent.
QUE LA TERREUR CHANGE DE CAMPS !!
avril 3rd, 2009 at 18:08
« en piétinant un grand nombre de principes, en brisant des tabous »
On dirait un ultraconservateur qui parle…